Je me rappelle ce poème qu’on lisait, enfant, et qui parlait de liberté qu’on écrit sur les cahiers et les pupitres d’écolier. Solitude, je ne te grave nulle part. Tu es là, partout, dan le ciel et dans l’eau, dans la cigarette et la fumée qui s’en échappe, dans le stylo et l’encre qu’il contient. Lorsque tu es seul, face à une télé que tu regardes du bout des yeux, ton rire sonne comme faux. Un rire non partagé sonne presque toujours faux. Le rire et la joie lorsqu’ils sont partagés se décuplent. La peine et le chagrin se décuplent aussi lorsque tu es seul.
Solitude !
Tu luis
Tu brilles
Tu cries et tu dis :
« Tu es seul »
Tu es seul au fond d’un puits
Au fond de ta tête
Au fond de la nuit
Tu es si seul
Que le miroir ne reflète plus rien.
Le reflet de la solitude
A la couleur du temps qui passe.
Le silence résonne
Sur l’enclume du vide
Pour forger l’oubli.
Tu oublieras
Jusqu’à la tristesse des mes rires
Et l’ombre de mon regard.
Je suis fils de la nostalgie.
Nostalgie de temps inconnus
Libérés par nos mémoires
Contre-force essentielle
Comme au cauchemar le réveil.
Je réveille ma conscience traquée.
La conscience est au cauchemar
Ce que le rêves est à nos misères.
Je rêve de forêts vertes, et de champs fleuris.
De sourires
Dans les yeux d’enfants
Et de gens qui s’aiment.
Solitude, tu es cruelle
Tu es féroce
Tu es carnassière.
L’oubli, bien souvent
Trébuche sur un souvenir.
L’oubli, bien souvent
Se cogne à un regard.
L’oubli, bien souvent
Se blesse à une chanson.
L'oubli, bien souvent
Se heurte à un prénom.
L’oubli, bien souvent
Se tourmente
Sur les vagues affolées
D’un air de guitare.
L’oubli, bien souvent
Oublie d’oublier
Que des amours fragiles
En des matins glacés
Accouchent en pleurant
D’affres abhorrés
Féroces et cruelles
Comme la solitude.
Solitude
Tu frappes
Tu blesses
Et tu laisses
Ta proie
Saignant, écorchée
Livrée au bec acéré
Du vautour affamé.
Mais je suis fils de la colère.
Et l’énorme bête
Sans doute apeuré
Par le silence de mon regard
S’envole lourdement.
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